Dans la vie, je suis à la lettre une vieille recette : je n'explique rien, vous devinez tout et j'entretiens le mystère. J'évite de me dévoiler totalement. Je préfère un demi-mot à une longue phrase. Je me méfie d'une certaine nature humaine. Plus que tout, je redoute la trahison. Mais la méfiance n'exclut pas le don de soi. Peut être m'a-t-on beaucoup trahie. Je ne sais pas. Ou plus...
J'en ai vécu des galères. On ne guérit pas les blessures de sa jeunesse, on peut seulement pardonner. Les émotions restent entières. Espérer est un verbe qui ne fait pas partie de mon vocabulaire : si l'espoir fait vivre, comme on dit, pour se rassurer, je sais qu'il n'y a pas d'espoir.
Je ne m'aime pas beaucoup... Je ressemble à une peinture inachevée. Il me manque quelque chose. Dans quelques années, j'aurais peur de vieillir... Je ne me supporte pas. Je me regarde peu, c'est très douloureux.
J'ai beaucoup de mal à parler de moi, ce moi si souvent baffoué. Ma manière d'évoquer la joie n'est peut-être pas décodable. J'ai en moi de l'humour plus que de la joie. Il m'est difficile de trouver le mot juste. Je ne suis pas portée sur les confessions. Je ne me livre pas, parce que je ne sais pas. Je ne peux pas parler de moi.
Dans un paysage détruit, je vois toute la beauté du monde. Alors que quelqu'un d'autre dira qu'il la voit dans un arbre qui fleurit. Moi, définitivement, je prefere l'arbre calciné. Pourquoi ? Je ne sais pas.
La sérénité, je ne l'ai pas atteinte. J'ai encore trop de chaînons manquants et je crains que le doute soit mon éternel compagnon de route.